Les femmes décident pour le divorce !

Le divorce n’est plus ce qu’il était. La majorité des séparations seraient aujourd’hui du fait des femmes. «Elles sont notamment à l’origine des trois quarts (70%) des divorces contentieux et personne ne s’est penché sur ce phénomène de société», relève François de Singly. Une lacune que le sociologue de la famille tente de combler dans son dernier ouvrage, Séparée. Vivre l’expérience de la rupture.

À partir des récits d’une petite centaine d’ex-épouses et de concubines, il propose une typologie de la rupture côté féminin, expérience devenue banale et pourtant ignorée par les études sociologiques depuis le rétablissement du divorce par consentement mutuel en 1975. «L’expansion du divorce et de la séparation découle du mouvement de libération des femmes. Je ne pense pas que les hommes soient plus insupportables aujourd’hui que dans les années 1930, plaisante François de Singly. Ce sont donc les critères des femmes qui ont changé.»

Ni un caprice, ni un coup de tête

Ces dernières ne prendraient pas le large par «humeur anti-institutionnelle» ou parce que la passion n’est plus au rendez-vous comme on l’imagine souvent. «L’individualisation continue à engendrer la séparation, le divorce. Derrière la logique amoureuse, il y a un besoin de reconnaissance plus fort chez les femmes. Non seulement sur le plan professionnel mais aussi sur le plan personnel» , souligne le sociologue. Faute de trouver cette reconnaissance, par manque d’implication du conjoint ou légèreté amoureuse, elles sont aujourd’hui prêtes à partir. Si l’envie de vieillir à deux n’a pas disparu, elle est désormais mise sous conditions. «Certaines femmes divorcent sans faire de grands reproches à leur conjoint à part celui de ne pas arriver à se développer dans le couple» , rapporte François de Singly.

«Plus autonomes sur le plan économique, moins dépendantes sur le plan affectif, les femmes sont plus nombreuses à demander le divorce, confirme Me Poivey- Leclercq, spécialiste du droit de la famille. Elles sont moins timorées que leurs aînées. À l’instar des hommes, elles n’acceptent plus de subir n’importe quoi. Elles ont aujourd’hui une exigence du meilleur pour elles-mêmes, elles sont en quête d’un plus.» Selon ce témoin privilégié des exaspérations du couple, il existe des tranches d’âges d’intolérance conjugale. Après avoir fait un bébé et s’être conformé au modèle traditionnel, certaines femmes expriment une envie d’ailleurs, de nouvelle conquête. À la quarantaine, elles fuient l’usure du couple. À 65 ans, elles désertent un foyer occupé par un mari désœuvré, vécu comme une entrave à leur indépendance. Ni un caprice, ni un coup de tête, cette décision serait une réponse à notre nouveau modèle d’identité, en perpétuelle construction. «Les personnes qui se séparent disent qu’elles ont encore des choses à vivre. Beaucoup de femmes n’ont pas envie de se sentir enfermées dans une identité qu’elles estiment ne plus être la leur», note le sociologue . Un risque accru avec l’allongement de la durée de vie.

Plus les femmes accèdent au style de vie des hommes, plus leur comportement se ressemble. Mais elles restent un peu plus nombreuses à invoquer le désamour comme raison de rupture.»

Et les hommes dans tout ça ? Ils ont retourné le discours féminin comme un gant. Contrairement aux commentaires convenus depuis 30 ans, il ne me semble pas que le divorce de masse soit la manifestation de l individualisme régnant. La plupart des divorcés se remettent très vite en ménage ; ceux qui ne le font pas, on n y parviennent pas, en rêvent ! Cen est pas l individu mais le couple qui règne. 

Le couple, roi de l’époque ! C est ce décalage entre le couple rêvé et le couple réel qui pousse les femmes à divorcer. C est que toute la société, homme et femmes, est emportée par le romantisme du couple. C est toute la société, hommes et femmes, qui rêve de devenir femme. Les hommes ne restent pas souvent seuls. Les femmes, si. Une vielle habitude de l introspection les garantit contre l illusion. Elles sont plus exigeantes, elle rêvent toujours du prince charmant, même si elles le nient… Les plus fines découvrent, mais un peu tard, que rencontre après rencontre, histoire après histoire, c est toujours la même chose, les même désillusions, les mêmes contraintes. Si comme l a dit Laçante, l amour est la rencontre de deux névroses, il ne peut pas en être autrement. Chacun rencontrera celui dont la nevrose s encastrera au mieux dans la sienne. Elle découvrent mais un peu tard, que le rêve de “refaire sa vie” relève largement du mythe, que leur divorce a été vain. Comme la plupart des divorces . Elles sont seules, avec leurs enfants. 

Mais en faisant ça les femmes ont libérés les homme du rôle de méchant. La plupart des hommes ont déserté. Ce rôle de père leur pesait depuis des millénaires sans qu ils n osent le dire. Pour une poignée qui prend son rôle à cœur, combien de père absents, qui disparaissent carrément de la vie de leurs enfants ? L aubaine. Jadis ils ne s en occupaient pas beaucoup, mais ils les nourrissaient, et ils étaient un symbole, celui de la virilité, de la loi, du monde. C étaient fatigant. Les nouveaux hommes en ont eu assez d incarner la loi. La répression. D abord, ils ont voulu incarner l amour, la vie. Des papas poules. Et puis ils s en sont lassés aussi. Adieu couches, biberons, poussettes. Maintenant, les femmes restent seules avec leur progéniture. Au mieux les hommes paient pour se débarrasser de leurs responsabilités. Au pire, ils ne paient pas. Les mères célibataires n ont jamais été aussi nombreuses.

Mais ou va le monde, qu’attendent les femmes des hommes ? 

Benjamin Leplat – Auteur – Formateur