Quand deux personnes se sont aimées, la question de la séparation soulève toujours douleur et/ou anxiété.

On peut souffrir pour soi, pour son partenaire, pour le couple et pour les autres bien sûr (enfants, familles, amis). La souffrance est donc une donnée avec laquelle il faut apprendre à composer lors d’une séparation et aussi parce qu’elle peut devenir une arme extrêmement puissante. Il sera essentiel d’apprendre à la canaliser, la positiver et à s’y résigner pour un temps afin d’éviter qu’elle ne vienne parasiter la progression logique des étapes qui favorisent une bonne rupture, celle qui préserve au mieux l’équilibre psychologique et l’amour propre des deux partenaires ainsi que leur entourage.

En résumé, une bonne séparation est un processus protégé des attaques de l’un ou l’autre des partenaires à son encontre, c’est un cheminement qui évite l’émergence de douleurs additionnelles comme le sentiment de trahison ou le besoin de vengeance. La qualité de la séparation dépend donc pour beaucoup de la maturité affective des partenaires.

Le guide de la séparation qui suit, en 6 étapes, correspond à un idéal. Je l’ai déjà observé se concrétiser dans la réalité mais plus souvent, s’en approcher en composant avec les moyens dont on dispose et les obstacles qui se dessinent s’apparente déjà suffisamment à une certaine forme de challenge. Quoi qu’il en soit, n’attendez pas d’être prêts à claquer la porte dans un grand cri de colère pour affronter la question de la séparation car elle s’anticipe : plus tôt vous vous y confrontez à deux, mieux vous vous en sortirez chacun !

Les six étapes d’une bonne séparation

  1. La première étape consiste à faire part de votre malaise de manière authentique. On ne peut pas en vouloir à son partenaire de ressentir un malaise, de s’éloigner de certains sentiments. Cet aveu ne doit pas générer de colère sauf si le partenaire est désespéré. Il faudrait alors lui laisser le temps de dépasser cette émotion pour revenir à une tristesse adaptée et à l’inquiétude qui, elles, permettent aux partenaires d’entamer “en douceur” un travail de remise en question quant aux certitudes obsolètes de former un couple solide.
  2. Ce premier pas doit être rapidement suivi d’échanges permettant de faire émerger d’éventuelles solutions co-construites pour tenter de surmonter la crise et de les mettre en pratique en toute sincérité. Ici, il ne s’agit pas seulement de mettre à l’épreuve la nature et la puissance du malaise. Il est aussi question d’anticiper le sentiment de culpabilité qui ne manquera pas de se présenter à un moment ou à un autre. Essayer, c’est s’en protéger.
  3. Après les tentatives infructueuses, vient le moment délicat de formuler le souhait d’enclencher un processus de séparation sans artifice ni demi-mesure. Cette étape est douloureuse, culpabilisante mais la fuir serait pire. L’évitement, comme celui d’attendre toujours un meilleur moment, produit des conflits, des résistances, du déni, un sentiment d’abandon ou de la colère. Il n’y a pas de bon moment pour parler de ce qui fait mal. Je conseille simplement d’être chez soi, à deux et libérés de toute obligation pour les heures qui suivent.

Ces trois premières étapes ne sont jamais une perte de temps. Elles sont même essentielles dans la prévention des situations traumatisantes (comme l’adultère) et facilitent l’acceptation.

  1. Ensuite, on pose le cadre de la séparation, c’est à dire qu’on organise à deux les conditions de la séparation sur le plan matériel et affectif. Cela se fait rarement mais il y a du sens à définir ensemble quels seront les liens à préserver, ceux qui n’auront plus lieu d’être et les modalités de communication pour l’après. Et quand il est difficile de prévoir, on peut toujours se planifier un rendez-vous à distance pour reprendre ces différents points avec une meilleure visibilité. L’important, c’est de ne pas les ignorer ni d’en minimiser l’importance.
  2. À cette cinquième étape seulement se concrétise la séparation physique. On y pleure souvent, c’est normal.
  3. Enfin, l’étape indispensable à la pérennisation d’une séparation sereine ou celle qui adoucira une séparation déjà explosive tient en quatre points et qui vous concerne, vous tout seul :
  • apprendre à apprivoiser le manque
  • remplir sa nouvelle vie d’un retour à soi
  • modifier les habitudes prises en couple
  • attendre un peu si possible avant d’investir une nouvelle histoire sérieuse

Ceci pour limiter l’émergence de sentiments négatifs additionnels et la tentation de revenir sans cesse vers le passé, voire de tenter de le réparer; situations qui, au lieu de régler les problèmes, en crée de nouveaux. C’est un peu comme rester en relation à travers le conflit faute de liens positifs.

Voir aussi le texte sur : Le deuil en amour

Ces éléments qui précisément entravent la bonne séparation feront l’objet de mon prochain article (prévu pour la rentrée de septembre 2018).

Par Orane BAYART-GOUIN

Psychologue clinicienne- Chercheur indépendant